tiroir caisse

Donne-moi

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Donne-moi

Donne-moi … (presque sur l’air d’une ancienne chanson française passée aux oubliettes) est une rengaine tristounette entendue à maintes reprises dans les rues de Madagascar. Le genre de quémande proférée sur un ton plaintif, insistant ou larmoyant selon les situations. De celle qui vous rend, au fil du temps, d’abord dubitatif ensuite agressif.

« Donne-moi un bonbon » reste gentil de la part d’enfants qui, au bord du trottoir, n’ont pas les moyens de s’en acheter. Mais, il faut savoir, que donner un bonbon à un enfant équivaut à distribuer, dans la minute qui suit,  le sachet entier à une nuée de mains tendues qui vous entourent parfois même qui vous bousculent.

« Donne-moi un crayon, donne-moi un cahier » est déjà plus éducatif. Renseignement pris, concernant cette demande d’adolescents dans la rue, auprès d’un responsable scolaire dans un établissement de 1100 élèves, la réponse est limpide: « Monsieur, nous apprenons à tous nos étudiants les bases d’une vie autonome en société. Pas la mendicité. Dans la mesure où vous souhaitez faire un don de cahiers et de stylos à notre communauté (catholique, il faut le dire) , je vous engage à contacter notre directrice. Vous serez toujours le bienvenu ». Qui dit mieux? Que deviennent alors les cahiers et crayons distribués dans la rue? Ces jeunes les revendent illico, à la sauvette, afin de récolter quelques piécettes. Et … un coup dans l’eau en ce qui concerne un acte d’entre aide pédagogique.

Lorsque les premières formules n’ont pas fonctionné, plus trivial, il reste« Donne-moi un cadeau ». Ici les limites  n’existent pas. Les espoirs sont grands de recevoir quelle que chose de matériel. Un présent, un souvenir de notre passage sous la forme que l’on veut. Tout est accepté. Pour les uns, ce sera une cigarette et pour d’autres un T-shirt.

Reste l’ultime essai « Donne-moi de l’argent ». Dans ce cas, la demande est précise, directe et sans ambiguïté. La main tendue, le regard triste (peut être par désespoir souvent pour l’occasion), le corps pas toujours en bonne santé, il est noir de peau. Je suis blanc. Il est pauvre. Je suis le « vazas » par définition fortuné et qui, au travers de divers organismes étrangers, aident financièrement le pays à s’en sortir y compris en permettant la corruption de haut vol. Je représente donc, potentiellement, la « pompe à fric », le « porte feuille sur pattes » ou le « distributeur automatique de cacahuètes dorées ». « Donne moi de l’argent », formule héritée de l’image de notre capitalisme débridé véhiculée au travers des médias locaux. Elle les propulse au rang d’assistés permanent et  nous relègue au titre de gentils payeurs. Sans signe extérieur de richesse (sauf de temps en temps mon appareil photo en bandoulière), j’ai parfois la désagréable impression qu’en lettres  majuscules, sur mon front halé, il est inscrit « tiroir caisse ».

R-anses